La Steppe

9 03 2010

« Quand nous regardons longuement le ciel immense, nos idées et notre âme se fondent dans la conscience de notre solitude. Nous nous sentons irréparablement seuls, et tout ce que nous tenions auparavant pour familier et cher s’éloigne indéfiniment et perd toute valeur. Les étoiles, qui nous regardent du haut du ciel depuis des milliers d’années, le ciel incompréhensible lui-même et la brume, indifférents à la brièveté de l’existence humaine, lorsqu’on reste en tête à tête avec eux et qu’on essaie d’en comprendre le sens, accablent l’âme de leur silence ; on se prend à songer à la solitude qui attend chacun de nous dans la tombe, et la vie nous apparaît dans son essence, désespérée, effrayante… »

Anton Tchékhov, La Steppe, p.104, Editions Gallimard/Folio, 1888.


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le chat “mouche”, l’évier de mon âme…

7 03 2010

« — Ah ! je sais bien que ça ne te plaît pas à toi que je fasse la grasse matinée, dit-il, s’adressant à son chat qui, étendu sur la courtepointe, à ses pieds, le regardait fixement avec des yeux très noirs.

Cette bête était affectueuse et câline, mais maniaque et retorse ; elle n’admettait aucune fantaisie, aucun écart, entendait que l’on se levât et que l’on se couchât à la même heure ; et, très nettement elle faisait, lorsqu’elle était mécontente, passer, dans la sombreur de son regard, des nuances irritées, sur le sens desquelles son maître ne se trompait point.

Rentrait-il avant onze heures du soir, elle l’attendait dans le vestibule, à la porte, griffait le bois, miaulait avant même qu’il n’eût pénétré dans la pièce ; puis elle roulait de langoureuses prunelles d’or vert, se frottait contre ses culottes, sautait sur les meubles, se dressait tout debout, simulant le petit cheval qui se cabre, lui envoyait lorsqu’il s’approchait, par amitié, de grands coups de tête ; passé onze heures, elle n’allait plus au-devant de lui, se bornait à se lever alors qu’il arrivait près d’elle, faisait encore le gros dos, mais ne caressait pas ; plus tard encore, elle ne bougeait et elle se plaignait et grognait, s’il se permettait de lui lisser le dessus de la tête ou de lui gratter le dessous du cou.

Ce matin-là, elle s’impatienta de cette paresse, se mit sur son séant, se gonfla, puis s’approcha sournoisement et s’assit à deux pas de la figure de son maître, le dévisageant d’un oeil atrocement faux, lui signifiant qu’il eût à déguerpir, à lui laisser la place chaude.

Amusé par ce manège, Durtal ne bougea, regardant le chat, à son tour. Il était énorme, commun et pourtant bizarre, avec sa robe mi-partie roussâtre comme la cendre du vieux coke et grise comme le poil des balais neufs, avec çà et là de petits floquets blancs tels que ces peluches qui voltigent sur les tisons morts. C’était un très authentique chat de gouttière, haut sur pattes, long, à tête de fauve, très régulièrement strié d’ondes d’ébène qui cerclaient les pattes de bracelets noirs, allongeaient les yeux par deux grands zigzags d’encre.

— Malgré ton caractère de rabat-joie, de vieux garçon monomane et sans patience, tu es tout de même gentil, fit Durtal, d’un ton insinuant, pour l’amadouer ; puis, il y a assez longtemps que je te raconte ce que chacun se tait ; tu es l’évier de mon âme, toi, le confesseur inattentif et indulgent qui approuve, vaguement, sans surprise, les méfaits d’esprit qu’on lui avoue, afin de se soulager, sans qu’il en coûte ! Au fond, c’est là ta raison d’être, tu es l’exutoire spirituel de la solitude et du célibat ; aussi, je te gave d’attentions et de soins ; mais cela n’empêche qu’avec tes bouderies tu ne sois  souvent, ainsi que ce matin, par exemple, insupportable ! »

J.-K. Huysmans, Là-bas, p.91-92, Editions GF Flammarion, 1891.


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le vieil enfer

6 03 2010

«[…] Tout cela est désormais fini ; la bourgeoisie a remplacé la noblesse sombrée dans le gâtisme ou dans l’ordure ; c’est à elle que nous devons l’immonde éclosion des sociétés de gymnastique et de ribote, les cercles de paris mutuels et de courses. Aujourd’hui, le négociant n’a plus qu’un but, exploiter l’ouvrier, fabriquer de la camelote, tromper sur la qualité de la marchandise, frauder sur le poids des denrées qu’il vend.
Quant au peuple, on lui a enlevé l’indispensable crainte du vieil enfer et, du même coup, on lui a notifié qu’il ne devait plus, après sa mort, espérer une compensation quelconque à ses souffrances et à ses maux. Alors il bousille un travail mal payé et il boit. De temps en temps, lorsqu’il s’est ingurgité des liquides trop véhéments, il se soulève et alors on l’assomme, car une fois lâché, il se révèle comme une stupide et cruelle brute ! […]»

J.-K. Huysmans, Là-bas, p.130, Editions GF Flammarion, 1891.


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“Nuit De Folie” de “Début de soirée” …

1 03 2010

… interprétée phonétiquement par Jo Hye Ryun !


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Pour les fadas de la NEO-GEO

26 02 2010
… et pour les geeks dans l’âme… Neo Geo, Neo Geo !
 
Et les paroles :
 
Neo Geo, Neo Geo. Four bright buttons and two joysticks.
Neo Geo, Neo Geo. Cool red cab and a name that sticks.
No one quite did 2D fighters like you did.
No one quite did runnin’ and gunnin’ like you did
No one quite did Puzzle Bobble like you did
I’ll always love my four slot model cause I, I…
I played that cab for hours on end to the point where that thing was my only friend.
With a heavy machine gun in my hand I beat Metal Slug over and over again.
You’re 32 bits of endless fun. You’re a 1990 revolution.
You’re ahead of the game. You are the best. You’re the SNK king of MVS.
You’re an attractive machine in a pretty red dress.
When I’m playing as Mai I wanna give you a kiss.
Forget Chun Li when there’s Shiranui.
She’ll knock you out with those big ninja bee’s.
I’m the Samurai Showdown digital god when you’re playing against me
and my ninja dog. I’m like Galford with my cool blond hair.
But I dont have a ninja dog. I have a ninja chair.
Neo Geo, Neo Geo. Four bright buttons and two joysticks.
Neo Geo, Neo Geo. Cool red cab and a name that sticks.
OK so we all know that Neo Geo MVS arcade cabinet is the best thing to ever exist on the planet.
That’s obvious. If you were born then you know that. If you don’t know that then you’re technically not alive.
So you might wanna get that checked out.
but there’s also another best thing on the planet. Listen up.
ScrewAttack’s the place it’s all at. With a name like that it’s so bad,
ask me where I get my retro games. The answer I give will never change.
It’s a magical land named GameAttack. OK it’s just a store but it’s near Dallas.
The place to be is SGC. If you went down there then you saw me.
I’ll never forget the wet konga or the hotel front desk babe named Sonya.
I never did get my kiss of death. But if I go next year I’m sure she’ll say yes.
Yeah ScrewAttack is really cool but I ran out of material.
I dont know what else to say about that website so I’ll just say go to it
cause it’s really cool. Uh right? Was that good? You like my song?
Neo Geo, Neo Geo. Four bright buttons and two joysticks.
Neo Geo, Neo Geo. Cool red cab and a name that sticks.
The guys on RacketBoy are gonna love this one.
 

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Tellement vrai

14 02 2010

Freud

«[…] Je tiens à payer mes livres. C’est comme en psychanalyse, si on paye pas ça compte pas… »

Serge Meynard, Lapin Dixit, Le Poulpe, p.61, Editions Baleine.


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la langue française…

11 02 2010

Alphonse Boudard

« Tenez, je vous entends d’avance ! Les voix, le chœur indigné… les pères de famille, les militaires, les bonnes d’enfants, les pieds-bots, les idéalistes du progrès, les poètes, les grammairiens, les justiciers réformistes, les angoissés de l’atome, les petites filles modèles, les dames patronnesses, les bonapartistes, les bègues, les anciens combattants… Tous ! le Barreau, l’ordre de Malte et l’Académie de l’humour !… Salaud ! scatologue ! fainéant ! pervers ! infect corrupteur ! Vous vous complaisez dans l’emphase merdeuse, dans le crime, la sanie, les égouts ! Vous en êtes un autre !  Sans patrie, sans foi, sans jeunesse, sans âme ! Votre lourde insistance dans les chiottes relève de la psychanalyse. Stade anal ! Vos cloportes-personnages répugnent à l’honnête homme, lui soulèvent le cœur. Vous vous vautrez dans le sordide. Les putains du Sébasto elles-mêmes vous dégueulent ! Vous déshonorez la langue française avec vos barbarismes, solécismes… vos ellipses glandilleuses. Vous la traînez dans la fiente, pénible coprophage… […]»

Alphonse Boudard, Chroniques de mauvaise compagnie, La Cerise, p.296, Editions Presses de la cité/Omnibus


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Un grand moment de Cinéma

10 02 2010

"Louis-Ferdinand Céline a joué un rôle de figuration dans un film de l’entre-deux-guerres, "Tovaritch".
La rumeur, insistante, courait depuis des décennies : Louis-Ferdinand Céline aurait joué dans un film de l’entre-deux-guerres. Mais les recherches étaient restées vaines. Jusqu’à ces derniers jours, où, tard au Cinéma de Minuit sur France 3, un célinien physionomiste croit identifier l’auteur de Voyage au bout de la nuit dans Tovaritch, un film de Jacques Deval, sorti en 1935, qui met en scène un couple de riches Russes blancs déclassés par leur émigration à Paris. Identification confirmée par le Bulletin célinien (BP 70, 1000 Bruxelles 22, Belgique), qui révèle ce scoop dans son prochain numéro: c’est bien Céline qui apparaît quelques secondes dans l’une des premières scènes du film, où on le voit sortir d’une épicerie.

Jacques Deval, célèbre auteur de théâtre des années trente, un temps installé aux Etats-Unis, était un grand ami de Céline, lequel habitera chez lui à Beverly Hills, en 1934, à l’époque où il tentait de faire adapter le Voyage par Hollywood. Cette apparition à l’écran est donc un clin d’oeil amical.
"Ce document est d’autant plus précieux qu’il s’agit du seul film montrant Céline avant-guerre", souligne Marc Laudelout, directeur du Bulletin célinien (qui publie également dans le même numéro une passionnante interview de Tardi). En effet, si l’on connaissait le vieux Céline, en clochard des lettres, par ses prestations télévisées des années cinquante, on n’avait jamais encore eu l’occasion de voir "bouger" le fringant auteur d’avant-guerre, dont tous les amis évoquaient le charme et la prestance. C’est ce Céline-là que nous restitue, brièvement, cette figuration dans Tovaritch."

Source

Un Céline avec le sourire, c’est tellement rare !


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“Ecrivain de la Shoah”

9 02 2010

Ghetto

«[…] Il n’y a pas d’appellation plus irritante que celle-ci. Un véritable écrivain écrit à partir de lui-même et la plupart du temps sur lui-même, et si ses propos ont un sens, c’est parce qu’il est fidèle à lui-même, à sa voix, à son rythme. Les généralités, le sujet ne sont que des sous-produits de l’écriture, non son essence. […] Seuls des mots justes construisent un texte littéraire, et non pas le sujet.
[…] Je n’ai pas l’impression d’écrire sur le passé. Le passé en lui-même est un très mauvais matériau pour la littérature. La littérature est un présent brûlant, non au sens journalistique, mais comme une aspiration à transcender le temps en une présence éternelle. »

Aharon Appelfeld, Histoire d’une vie, p.135-136, Editions Points.


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Affamé et hargneux…

7 02 2010

Varlam Chalamov

«[…] Affamé et hargneux, je savais que rien au monde ne pourrait me contraindre au suicide. C’est précisément à cette époque que j’avais commencé à comprendre l’essence du grand instinct vital dont l’homme est doté au plus haut point. Je voyais les chevaux s’épuiser peu à peu et mourir : je ne pourrais m’exprimer autrement ni employer d’autres verbes. Les chevaux ne se distinguaient en rien des hommes. Ils mouraient à cause du Nord, d’un travail au-dessus de leurs forces, de la mauvaise nourriture et des coups. Et bien que leur situation fût cent fois meilleure que celle des hommes, ils mouraient plus vite qu’eux. Alors je compris l’essentiel : l’homme n’était pas devenu l’homme parce qu’il était la créature de Dieu, ni parce qu’il avait aux mains ce doigt étonnant qu’est le pouce. Il l’était devenu parce qu’il était physiquement le plus robuste, le plus résistant de tous les animaux et, en second lieu, parce qu’il avait forcé son esprit à servir son corps avec profit. »

Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, p.53, Editions Verdier.


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Les joies du goulag

6 02 2010

« On ne montrait pas le thermomètre aux travailleurs : c’était d’ailleurs parfaitement inutile : il fallait sortir quelle que fût la température. En outre, les anciens se passaient de thermomètre : s’il y a du brouillard, il fait quarante degrés au-dessous de zéro ; si on respire sans trop de peine, mais que l’air s’exhale avec bruit, cela veut dire qu’il fait moins quarante-cinq ; si la respiration est bruyante et s’accompagne d’un essoufflement visible, il fait moins cinquante. Au-dessous de moins cinquante, un crachat gèle au vol. Cela faisait déjà deux semaines que les crachats gelaient au vol.»

Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, p.36, Editions Verdier.


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Pas une grosse perte LITTERAIRE

29 01 2010

J.D. Salinger est mort !

" L’écrivain américain Jerome David Salinger, auteur du roman «L’attrape-cœurs», est décédé à l’âge de 91 ans. Il « est mort à son domicile mercredi, dans le New Hampshire » (nord-est des Etats-Unis), a précisé à l’AFP Phillis Wesburg, son agent littéraire.

Le célèbre auteur, qui a profondément marqué la littérature américaine du XXe siècle (c’te bonne blague!), vivait en reclus et n’avait accordé aucun entretien à la presse depuis près de trois décennies.

Ermite de génie, Salinger était devenu célèbre en 1951 dès la parution de « L’Attrape-cœurs », l’un des 25 best-sellers de la littérature américaine. […]"

John Steinbeck disait de lui : « il écrit des livres sans maturité pour lecteurs immatures » (comme quoi je ne suis pas seul).

Source

Encore un succés littéraire inexpliqué et inexpliquable… ou alors, et c’est mon hypothèse la plus probable, son livre n’a pas survécu au nombre des années. Mais l’ "intelligentsia" littéraire continue à le mettre sur un pied d’estal et on continue à l’enseigner comme un chef-d’oeuvre (comme d’autres soi-disant "classiques" français enseignés à l’école). Je précise bien "littéraire" dans le titre ; une perte humaine est toujours grave (ça c’est pour les chagrineux).


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L’Art

24 01 2010

Paul Léautaud

«[…] bien finis pour moi, les chinoiseries de l’écriture et les recommencements, comme il y a encore deux ans, quinze fois de la même page. Les grandes machines de style, avec le perpétuel ronron de leurs phrases, m’ont à jamais dégoûté de la forme. Pauvres livres, si harmonieux, si l’on veut, et si assommants !  Dans les livres que j’aime, il n’y a pas de rhétorique, il y a même bien des imperfections, mais celui qui les a écrits valait tous les Flaubert du monde. Ah ! la beauté, l’intérêt pénétrant, souvent, de certaines de ses phrases mal faites, mais laissées dans leur vérité, mais pas truquées par l’art ! Mais, voilà ! Il faut savoir lire, avoir beaucoup lu, et comparé, et pesé la duperie de ce mot : l’art, qu’affectionnent les imbéciles. Alors, on revient de bien des admirations, et tous ces soi-disant grands livres ne tiennent pas une minute. »

Paul Léautaud, Le petit ami, p.211, Editions Gallimard/L’Imaginaire.


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Invictus - William Ernest Henley (1849-1903)

24 01 2010

Hors de la nuit qui me recouvre,
Noire comme un puits d’un pôle à l’autre,
Je remercie les dieux, quoi qu’ils puissent être
Pour mon âme indomptable.

Tombé dans l’étreinte des circonstances
Je n’ai pas gémi ni pleuré à voix haute.
Sous les coups de la fortune
Ma tête est ensanglantée, mais redressée.

Au-delà de ce monde de colère et de pleurs
Ne plane que l’Horreur de l’ombre.
Et pourtant la menace du temps
Me trouve et me trouvera, sans peur.

Peu importe l’étroitesse de la porte,
Le nombre des punitions sur le parchemin,
Je suis le maître de mon destin :
Je suis le capitaine de mon âme.

Source


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